ART DE VIVRE
—relaxation—
Le repos
comme une place
Le repos n’est pas ce qui reste quand tout est fait. C’est un choix, tenu avec autant d’exigence que le reste.
Ce que le repos construit
Le repos a mauvaise réputation. On l’imagine comme un relâchement, le moment où l’on cesse enfin d’exiger quoi que ce soit de soi. Chez moi, c’est l’inverse. C’est là que mon exigence va le plus loin, parce que le corps ne pardonne aucune approximation. Une pièce mal décorée, on la corrige. Un plat raté, on le refait. Un corps négligé, lui, le montre, et met du temps à l’oublier.
Je me rends régulièrement dans un centre pour me faire masser. Pas comme un luxe qu’on s’accorde de loin en loin, mais comme un rendez-vous que je tiens avec la même rigueur qu’un autre engagement. Des mains qui pressent, qui dénouent, rendent à mes muscles ce qu’ils retiennent sans que j’en aie toujours conscience. Je choisis ensuite, pour le reste de mon corps, des produits très nourrissants. Un corps bien nourri ne ment jamais : il montre, presque immédiatement, qu’on l’a négligé.
Je mets la même attention dans ce que je mange. Je m’arrête devant un produit avant de le poser dans mon panier, j’en regarde la couleur, j’en devine la saveur avant même d’y avoir goûté. Manger n’est jamais, pour moi, un geste distrait : c’est une table qui prolonge ce que la peau et les muscles reçoivent déjà. Et mon sommeil ferme ce cercle chaque soir. Je ne dors bien que dans le calme, sans bruit à combattre ni lumière à fuir sous une paupière fermée. Un sommeil troublé ne repose rien ; il repousse simplement la fatigue à plus tard, intacte.
Colette disait que la quiétude est le bien de ceux qui ont choisi une part de leur destin, et rejeté l’autre. C’est ce que je retrouve dans chacun de ces gestes : aucun n’est un repli, chacun est un choix, et donc un refus de tout ce qui aurait pu le remplacer. Elle disait aussi qu’on ne fait bien que ce qu’on aime, à propos de la cuisine. La phrase vaut pour tout le reste. Un massage reçu sans y être, un corps nourri sans y penser, un repas avalé vite ne reposent jamais vraiment.
Honorer son corps par le mouvement ne suffit pas si on néglige ensuite la manière dont on le laisse se défaire. Le repos n’est pas la part molle de l’équilibre. C’est la part la plus exigeante, celle qui se voit le moins, et qui décide pourtant de tout le reste.
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