ART DE VIVRE
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Ces salons parisiens d’architectes bousculent complètement les tendances du moment
« J’ai toujours ressenti que l’espace n’était pas qu’une surface à remplir, mais un volume à habiter avec conscience. Pour moi, le dépouillement n’est pas une mode minimaliste, c’est une hygiène mentale qui permet de révéler l’âme d’un lieu.
En découvrant le travail de l’agence Chaille dans cet appartement du Marais, j’ai compris comment un axe, une marche ou un miroir pouvaient devenir les instruments d’une respiration intérieure. Ce n’est pas qu’une question d’esthétique : c’est une manière de brouiller les repères pour offrir à l’esprit l’espace nécessaire pour se déployer. Entrer en relation avec son chez-soi, c’est finalement dessiner les contours de sa propre paix intérieure. »
Dans un appartement emblématique du Marais, Chaille se livre à une interprétation contemporaine des lieux, faisant de leur histoire la matière première de son récit.
Un axe majeur définit la structure de l’appartement
Nous sommes à deux pas de la place des Voges, au troisième étage d’un immeuble du XIVe siècle en pan de bois, typique du quartier. Un immeuble qui a une histoire, notamment, au rez-de-chaussée, qui a accueilli les premiers clubs de lecture portés par une femme avant son temps. « Il s’agissait alors de deux immeubles, qui ont été joints ensemble. C’est ce qui crée cette petite marche qui définit l’espace entre le salon et la cuisine. C’est l’une des contraintes principales du lieu, qui scinde le grand volume en deux et a constitué notre point de départ », confie l’architecte, designer et directeur artistique Jérémy Chaillou, fondateur de l’agence pluridisciplinaire Chaille. Cet axe qui va de la cuisine à la salle à manger, en passant un seuil matérialisé par une marche en miroir, traverse le salon jusqu’à la cheminée. C’est l’axe majeur de l’appartement sur lequel s’installe une matérialité multiple : miroir pour créer une perspective et des reflets, pierre calcaire des murs dénudés et reprise au sol avec un cabochon en pierre du Nivernais et, au plafond, les poutres voilées, tordues par le poids des siècles. Apparentes, omniprésentes, elles structurent l’espace et imposent leur rythme, quand un autre axe se dessine, en croix, qui part du salon et mène à la chambre.

Le salon depuis la cuisine. Tout le travail de Chaille a été de travailler cet axe traversant entre deux anciens immeuble réunis, d’où cette marche en miroir qui vient souligner le seuil. Un miroir que l’on retrouve sur le manteau de la cheminée, associé à l’inox poli miroir de la table basse et à l’armature du fauteuil. Le contraste est total avec la pierre calcaire centenaire des murs et celle à cabochons du sol et le bois d’acajou des éléments intégrés. Au mur, des appliques Frame de Violaine d’Harcourt.Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine.
Un salon orchestré autour du miroir et des perspectives
Au-delà de sa matérialité, le miroir multiplie les perspectives, que ce soit autour de la cheminée, dans l’encadrement de l’ouverture menant au salon depuis la cuisine ou au-dessus de la crédence en Avocatus. « Cela crée une spatialité différente ; avec des perspectives, brouiller les repères, ce qui donne de la vie à un appartement ».

Au rouge de l’acajou teinté et vernis répond un canapé Rotondo (The Socialite Family) recouvert de peau de crocodile et de cuir de vachette grenat (Espace Cuirs JCA) qui dialoguent avec le vert de la cheminée. Sur la table basse de Willy Rizzo chinée, un soliflore en métal et coupelle en porcelaine d’Alexandre Veillon. À gauche de la cheminée, une lampe Collapse en métal poli et sablé de William Guillon.Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

Selon la lumière, les tonalités de l’acajou teinté et vernis changent pour se rapprocher de celles tu tapis uni. Sur la table basse, deux vases Flora Mechanica d’Alexandre Veillon (Appartement Témoin). À droite de la cheminée, une paire de vases japonais anciens.Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine
« L’idée d’anachronisme entre l’écrin de ce bâtiment ancien et l’intervention contemporaine que prend sa source dans la matière et les contrastes qu’elle autorise entre ses infinies possibilités de couleurs, de surfaces, de rendus par rapport à la lumière », c’est une véritable vision du beau. D’ailleurs.
